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«Faire la fête, c’est un besoin inné chez l’homme»

«Faire la fête, c’est un besoin inné chez l’homme»
 
24.11.15 - Entretien. A quels besoins répond la fête ? Quels en sont les bienfaits ? Comment se préparer à la fête quand on appréhende ces instants particuliers ? Le point avec le théologien Yann Brix.
La fête a existé depuis le début de l’humanité. A quels besoins répond-elle ?
Elle répond tout d’abord à un besoin naturel, celui de manifester la joie. L’homme n’a pas été créé en premier lieu pour transpirer au travail et être accablé de soucis.
Pour le théologien que je suis, c’est là une conséquence de la désobéissance d’Adam et Eve.

La fête vient-elle encore combler d’autres aspirations ?
Oui, à commencer par celle des estomacs : la nourriture est un élément crucial associé à la fête et à la joie. La fête répond ensuite au besoin de se réunir. Et qui dit «réunion» présuppose que les fêtes se cristallisent autour d’un lieu commun, qu’il soit religieux ou non. On peut penser à des fêtes traditionnelles, familiales ou entre amis.
Qui dit fête, dit aussi coupure : en fêtant, on échappe momentanément au train-train et autres tracasseries quotidiennes pour vivre un temps plus agréable. Enfin, les fêtes permettent de passer d’une étape à l’autre, de faire le point sur notre vie, par exemple lors d’anniversaires ou du Réveillon.

Quels sont les bienfaits de la fête pour l’individu et la communauté ?
On peut dégager plusieurs aspects des bienfaits de la fête. Elle permet non seulement d’exprimer librement sa joie devant Dieu et les autres, mais aussi de tisser des liens fraternels. Et par conséquent de se remettre en question. Les fêtes anciennes exigeaient généralement des sacrifices et autres offrandes. Cela présupposait que l’on avait réglé nos différends.
Faire la fête renforce en outre la cohésion nationale ou religieuse. N’observe-t-on pas un rapprochement entre concitoyens au cours des fêtes nationales et des grands événements sportifs internationaux, ou une plus grande unité des chrétiens à Noël et à Pâques ?
La fête a une dernière vertu : celle de fixer des points de repère afin de clôturer un cycle de vie et de venir voir le prochain. L’homme a besoin d’un calendrier pour sa santé psychique et physique. Personne ne niera que les jours fériés, les fêtes et les week-ends prolongés constituent autant de jalons particuliers dans l’agenda de l’année.

D’un point de vue relationnel, les fêtes sont parfois difficiles à vivre. Comment se préparer à Noël si l’on appréhende la solitude ou que la réunion de famille réveille des choses douloureuses ?
Aucune fête ne peut se célébrer seul. L’homme a besoin de points de repère dans le cycle de la vie, et ces points sont comme des connexions avec le passé. Ils permettent de «revivre» certaines situations, joyeuses ou non. Et si les fêtes font surgir des choses douloureuses, c’est donc qu’un des buts est atteint ! C’est une occasion à saisir d’affronter la situation.
Nous sommes devant l’alternative suivante : rester chez soi ou solutionner. Ainsi, la fête ne serait-elle pas «l’excuse» de mettre à plat nos différends, de demander pardon, d’éclaircir la situation ? Pourquoi ne pas s’adresser à Jésus et le laisser nous transformer pour permettre le miracle de la réconciliation, qui peut produire paix et joie si propices à la fête ?

Propos recueillis par Sandrine Roulet

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